Trouble Dissociatif de l'Identité (TDI)

Guide complet sur le TDI : symptômes, diagnostic DSM-5 et accompagnement

En un coup d'œil

Nature : Trouble dissociatif caractérisé par la présence de deux ou plusieurs états de personnalité distincts (anciennement « personnalité multiple »), avec des lacunes récurrentes dans le rappel d'événements quotidiens.

Origine : Fortement lié à des traumatismes sévères et répétés dans l'enfance (abus, négligence grave), considéré comme une réponse adaptative extrême du psychisme.

Prévalence : Touche environ 1 à 1,5 % de la population, mais reste très sous-diagnostiqué — délai moyen de 7 ans entre premiers symptômes et diagnostic correct.

Accompagnement : Psychothérapie spécialisée au long cours (thérapie par phases), axée sur la stabilisation, le traitement des traumatismes et l'intégration ou la coopération des identités.

Définition et critères du TDI

Qu'est-ce que le Trouble Dissociatif de l'Identité ?

Le Trouble Dissociatif de l'Identité (TDI), anciennement appelé « trouble de personnalité multiple », est un trouble dissociatif complexe caractérisé par la présence de deux ou plusieurs états de personnalité distincts (appelés « alters ») qui prennent alternativement le contrôle du comportement de la personne. Il s'accompagne de lacunes récurrentes dans le rappel d'événements quotidiens, d'informations personnelles importantes ou d'événements traumatiques, allant au-delà de l'oubli ordinaire. Selon le DSM-5 (2013), il s'agit d'une réponse dissociative à des expériences traumatiques écrasantes, généralement survenues dans l'enfance.

Perturbation de l'identité

  • Présence de 2+ états de personnalité distincts
  • Chaque état possède son propre mode de perception
  • Dans certaines cultures : expériences de possession
  • Discontinuité marquée du sens de soi

Amnésie dissociative

  • Lacunes dans le rappel d'événements quotidiens
  • Perte de mémoire pour des informations personnelles
  • Amnésie pour des événements traumatiques
  • Au-delà de l'oubli ordinaire

Détresse clinique

  • Souffrance cliniquement significative
  • Altération du fonctionnement social/professionnel
  • Impact sur les relations interpersonnelles
  • Difficultés dans la vie quotidienne

Exclusion d'autres causes

  • Non attribuable aux effets d'une substance
  • Non lié à une condition médicale (ex : épilepsie)
  • Chez l'enfant : pas un ami imaginaire normal
  • Distinct des pratiques culturelles/religieuses

Symptômes dissociatifs

  • Dépersonnalisation (être détaché de soi)
  • Déréalisation (le monde paraît irréel)
  • Flashbacks dissociatifs
  • Voix intérieures (dialogue entre alters)

Impact fonctionnel

  • Pertes de temps inexpliquées
  • Se retrouver dans des endroits sans savoir comment
  • Découvrir des objets/écrits dont on n'a pas le souvenir
  • Variations marquées de compétences et préférences
Critère de chronicité : Le TDI est un trouble chronique dont les symptômes sont persistants et non transitoires. Il n'y a pas de critère de durée minimale spécifique comme pour d'autres troubles, mais les amnésies dissociatives et la perturbation identitaire doivent être récurrentes et causer une détresse significative ou une altération du fonctionnement.

Histoire et découverte du TDI

1791

Première observation médicale

Le médecin allemand Eberhardt Gmelin documente le cas d'une femme allemande alternant entre deux personnalités distinctes — l'une parlant allemand, l'autre français avec un accent parfait — premier cas médical de « double conscience ».

Cas fondateur
1816

Le cas Mary Reynolds

Le Dr. Samuel Mitchell publie le cas de Mary Reynolds, une femme alternant entre deux états de personnalité pendant 15 ans. Ce cas devient une référence dans la littérature médicale du XIXe siècle.

Cas historique majeur
1906

Formalisation clinique

Morton Prince publie "The Dissociation of a Personality" sur le cas de Miss Beauchamp, présentant plusieurs personnalités distinctes et popularisant le concept de personnalité multiple dans le monde médical.

Formalisation
1957

"The Three Faces of Eve"

Le livre puis le film sur Chris Costner Sizemore, documentée par les Dr. Thigpen et Cleckley, mettent le trouble de personnalité multiple sous les projecteurs du grand public pour la première fois.

Visibilité publique
1980

Reconnaissance officielle DSM-III

Le DSM-III reconnaît officiellement le « Trouble de Personnalité Multiple » comme diagnostic psychiatrique distinct, ouvrant la voie à la recherche clinique et aux protocoles de traitement spécifiques.

Reconnaissance DSM
1994

Renommage en TDI (DSM-IV)

Le DSM-IV renomme le trouble en « Trouble Dissociatif de l'Identité » pour refléter la compréhension moderne : il ne s'agit pas de « personnalités multiples » mais d'une fragmentation de l'identité unique causée par le trauma.

Évolution conceptuelle
2013

DSM-5 et neurosciences

Le DSM-5 actualise les critères, intègre les expériences de possession, renforce le lien avec le traumatisme et s'appuie sur la neuroimagerie montrant des différences cérébrales mesurables entre les alters d'un même patient.

Référence actuelle

Personnalités et figures emblématiques du TDI

Des personnalités réelles ont témoigné publiquement de leur vie avec un TDI, contribuant à déstigmatiser ce trouble. Le TDI est également représenté dans la fiction — ces représentations, bien que parfois extrêmes, ont sensibilisé le grand public.

Figures emblématiques du TDI

Herschel Walker
Herschel Walker

Légende du football américain (NFL)

Truddi Chase
Truddi Chase

Autrice, militante

Chris Costner Sizemore
Chris Costner Sizemore

Autrice, conférencière

Kim Noble
Kim Noble

Artiste peintre

Robert Oxnam
Robert Oxnam

Universitaire, spécialiste de la Chine

Roseanne Barr
Roseanne Barr

Actrice, humoriste, productrice

Billy Milligan
Billy Milligan

Cas judiciaire historique

Jeni Haynes
Jeni Haynes

Survivante, militante, conférencière

Kevin Wendell Crumb (Split)
Kevin Wendell Crumb (Split)

Personnage fictif — Film "Split" (2016)

Marc Spector / Moon Knight
Marc Spector / Moon Knight

Personnage fictif — Série Marvel "Moon Knight" (Disney+, 2022)

Tara Gregson (United States of Tara)
Tara Gregson (United States of Tara)

Personnage fictif — Série "United States of Tara" (Showtime, 2009-2011)

La version ordinateur propose un carousel interactif avec plus d'informations détaillées sur chaque personnalité.

Signes et caractéristiques du TDI

Le TDI se manifeste à travers quatre dimensions principales : les symptômes dissociatifs (cœur du trouble), cognitifs, comportementaux et somatiques. L'intensité varie selon les individus et les périodes de stress.

Symptômes dissociatifs (cœur du trouble)

Switches entre alters

Transitions entre identités distinctes, parfois perceptibles par l'entourage (changement de voix, posture, vocabulaire)

Amnésie dissociative

Trous de mémoire pour des périodes entières de vie, des événements quotidiens ou des actions réalisées par un autre alter

Dépersonnalisation

Se sentir détaché de son corps, de ses actions ou de ses émotions, comme si on s'observait de l'extérieur

Déréalisation

Le monde environnant paraît irréel, déformé ou comme dans un rêve, sensation de brouillard permanent

Symptômes cognitifs

Pertes de temps inexpliquées

Minutes, heures, parfois jours entiers dont on n'a aucun souvenir, « temps manquant » récurrent

Confusion identitaire

Ne pas savoir « qui on est » à un moment donné, sentiment de flou sur sa propre identité, ses goûts, ses valeurs

Voix intérieures

Entendre des voix à l'intérieur de sa tête (dialogue, disputes, commentaires entre alters) — distinct des hallucinations psychotiques

Flashbacks et mémoires fragmentées

Intrusions de souvenirs traumatiques appartenant à différents alters, mémoire incohérente et discontinue

Symptômes comportementaux

Actions sans souvenir

Réaliser des achats, écrire des textes, contacter des personnes sans en avoir aucun souvenir par la suite

Changements inexpliqués

Variations d'écriture manuscrite, de voix, de compétences (langues, sport, musique) selon l'alter actif

Fugues dissociatives

Se retrouver dans des endroits inconnus sans savoir comment on y est arrivé, parfois loin de chez soi

Variations de préférences

Changements soudains de goûts alimentaires, vestimentaires, relationnels selon l'alter au contrôle

Symptômes somatiques

Douleurs sans cause médicale

Douleurs corporelles changeantes, maux de tête sévères, douleurs abdominales sans explication organique

Variations physiologiques entre alters

Différences mesurables de tolérance à la douleur, d'acuité visuelle, de réactions allergiques entre identités

Symptômes de conversion

Paralysies, cécité, surdité fonctionnelles temporaires sans cause neurologique identifiable

Troubles du sommeil

Insomnie, cauchemars intenses, terreurs nocturnes, somnambulisme dissociatif, réveils désorientés

Échelle d'intensité

Léger (1-3)

Dissociations ponctuelles, amnésies brèves, fonctionnement global préservé

Modéré (4-6)

Switches fréquents, amnésies récurrentes, impact professionnel et social notable

Sévère (7-10)

Perte de contrôle, amnésies majeures, crises dissociatives fréquentes, risque de mise en danger

Différences entre hommes et femmes

Le TDI est diagnostiqué 3 à 9 fois plus souvent chez les femmes que chez les hommes (~75% vs ~25% des diagnostics). Cette différence reflète à la fois une exposition plus élevée aux traumatismes, des biais de diagnostic et des différences dans l'expression symptomatique.

TDI chez les femmes — ~75% des cas

Facteurs de risque et expression :

  • Exposition plus élevée aux abus sexuels dans l'enfance
  • Violences intrafamiliales et inceste
  • Symptômes internalisés : dépression, automutilation
  • Alters enfants fréquents et à fonction protectrice
  • Somatisation plus marquée
  • Consultation spontanée plus fréquente
  • Risque de confusion avec trouble borderline (TPB)

TDI chez les hommes — ~25% des cas

Sous-diagnostic et manifestations :

  • Symptômes externalisés souvent confondus avec agressivité
  • Stigmate de la vulnérabilité masculine — consultation tardive
  • Passages à l'acte et conduites à risque fréquents
  • Addictions comme automédication dissociative
  • Comportements antisociaux masquant le TDI
  • Plus souvent diagnostiqués en milieu carcéral
  • Confusion fréquente avec schizophrénie ou ASPD

Enfants vs adultes

TDI chez l'enfant et l'adolescent

Prévalence et apparition

  • Origine : Le TDI se développe dans l'enfance (avant 6-9 ans)
  • Diagnostic : Rarement posé avant l'adolescence
  • Délai : Les symptômes précèdent le diagnostic de plusieurs années

Manifestations spécifiques

  • Amis imaginaires « trop réels » (avec vie propre)
  • Changements de comportement inexpliqués et brutaux
  • Régressions (énurésie, langage bébé, postures infantiles)
  • Trous de mémoire à l'école (ne se souvient pas du cours)
  • Dessins ou écritures incohérents d'une journée à l'autre

Difficultés diagnostiques

  • Confusion fréquente avec TDAH (inattention = amnésie)
  • Confusion avec troubles du comportement
  • Confusion avec TSA (retrait social dissociatif)
  • Normalisation des symptômes (« c'est l'imagination »)

TDI chez l'adulte

Diagnostic et évolution

  • Âge moyen de diagnostic : 25-35 ans
  • Délai moyen : ~7 ans d'errance diagnostique
  • Diagnostics erronés antérieurs : en moyenne 3-4 avant le bon

Manifestations complexes

  • Système d'alters structuré et relativement stable
  • Amnésies pour des pans entiers de vie
  • Comorbidités accumulées (dépression, ESPT, addictions)
  • Relations interpersonnelles chaotiques
  • Historique de multiples traitements inefficaces

Impacts psychosociaux

  • Instabilité professionnelle (amnésies, switches)
  • Difficultés relationnelles et conjugales profondes
  • Perte de confiance en soi et en sa mémoire
  • Isolement social par peur d'être « découvert »

Processus diagnostic

Le diagnostic du TDI est complexe et nécessite une évaluation clinique approfondie par un professionnel formé aux troubles dissociatifs. Le délai moyen entre les premiers symptômes et le diagnostic correct est d'environ 7 ans, avec souvent 3 à 4 diagnostics erronés avant celui de TDI.

1

Entretien clinique spécialisé

  • Histoire détaillée des symptômes dissociatifs
  • Exploration prudente des traumatismes d'enfance
  • Repérage des amnésies et pertes de temps
  • Évaluation de la discontinuité identitaire
  • Revue des diagnostics antérieurs (souvent multiples)
2

Évaluation standardisée

Outils de dépistage

  • DES / DES-II (Dissociative Experiences Scale) — dépistage initial
  • A-DES (Adolescent Dissociative Experiences Scale)
  • SDQ-20 (Somatoform Dissociation Questionnaire)

Outils diagnostiques (gold standard)

  • SCID-D (Structured Clinical Interview for DSM-5 Dissociative Disorders)
  • MID (Multidimensional Inventory of Dissociation)
  • DDIS (Dissociative Disorders Interview Schedule)
3

Diagnostic différentiel

Troubles psychiatriques

  • Schizophrénie (voix intérieures ≠ hallucinations)
  • Trouble bipolaire (switches ≠ épisodes maniaques)
  • Trouble de la personnalité borderline
  • ESPT complexe (spectre dissociatif)

Conditions médicales

  • Épilepsie temporale (amnésies organiques)
  • Tumeurs cérébrales
  • Troubles neurocognitifs
  • Encéphalopathies

Autres considérations

  • Simulation / trouble factice
  • Pratiques culturelles ou religieuses
  • Effets de substances psychoactives
  • Autres troubles dissociatifs (dépersonnalisation)
4

Critères DSM-5 (300.14 / F44.81)

Critères diagnostiques

  • Critère A : Perturbation de l'identité — 2+ états de personnalité distincts avec discontinuité marquée du sens de soi
  • Critère B : Lacunes récurrentes dans le rappel d'événements quotidiens, d'informations personnelles ou de traumas
  • Critère C : Détresse cliniquement significative ou altération du fonctionnement
  • Critère D : Non attribuable à des pratiques culturelles/religieuses normales
  • Critère E : Non dû aux effets d'une substance ou condition médicale

Points clés DSM-5

  • Intégration des expériences de possession comme manifestation possible
  • Reconnaissance du lien quasi-systématique avec le traumatisme
  • Les « alters » ne sont pas des personnalités séparées mais des parties d'une identité fragmentée
  • Le trouble peut être observé par autrui ou rapporté par la personne elle-même

Comorbidités fréquentes

Le TDI présente des taux de comorbidité parmi les plus élevés de tous les troubles psychiatriques. La quasi-totalité des patients présentent au moins un trouble comorbide, ce qui contribue largement à l'errance diagnostique et aux traitements inadaptés.

Comorbidités primaires (>50%)

ESPT / Stress post-traumatique

80-90%
  • Lien quasi-systématique avec le trauma
  • Flashbacks et cauchemars récurrents
  • Hypervigilance chronique
  • Évitements post-traumatiques

Troubles dépressifs

60-70%
  • Épisodes dépressifs majeurs récurrents
  • Dysthymie chronique
  • Risque suicidaire élevé
  • Souvent premier diagnostic posé (erroné seul)

Comorbidités secondaires (25-50%)

Trouble de la personnalité borderline

30-50%
  • Chevauchement symptomatique important
  • Instabilité émotionnelle et relationnelle
  • Automutilation partagée
  • Diagnostic différentiel délicat

Troubles anxieux

30-40%
  • Attaques de panique fréquentes
  • Anxiété généralisée chronique
  • Phobies liées aux traumas
  • Anxiété sociale

Troubles du comportement alimentaire

15-25%
  • Anorexie, boulimie selon l'alter
  • Rapport au corps perturbé
  • Contrôle corporel comme mécanisme
  • Préférences alimentaires contradictoires

Comorbidités associées

Troubles liés aux substances (15-25%)

Automédication par alcool ou substances, dépendances développées par certains alters spécifiquement

Troubles du sommeil (50%+)

Insomnie chronique, cauchemars intenses, terreurs nocturnes, somnambulisme dissociatif, activité nocturne d'alters

Troubles somatoformes (~20%)

Douleurs chroniques inexpliquées, symptômes de conversion, somatisation variable selon les alters

Automutilation (50-70%)

Sans intention suicidaire dans la majorité des cas, souvent perpétrée par des alters spécifiques. Risque suicidaire néanmoins élevé (tentatives chez 70% des patients)

Impact des comorbidités

Errance diagnostique

Les comorbidités masquent le TDI : le patient est souvent traité pour dépression, bipolarité ou schizophrénie pendant des années avant le bon diagnostic

Traitement

Nécessité d'une approche intégrée traitant le TDI ET les comorbidités simultanément, avec prudence sur la pharmacothérapie

Pronostic

La multiplicité des comorbidités allonge le traitement mais ne le rend pas impossible — les études montrent une amélioration significative avec une thérapie adaptée

Chercheurs et experts reconnus

La recherche sur le TDI a considérablement progressé depuis les années 1980, portée par des cliniciens-chercheurs qui ont validé scientifiquement l'existence du trouble et développé des protocoles thérapeutiques efficaces.

🇨🇭

Dr. Olivier Piedfort-Marin

Psychologue, psychotraumatologue

Société Européenne pour le Trauma et la Dissociation (ESTD)

Référence francophone Dissociation EMDR

Ancien président de l'ESTD, il est la référence principale en psychotraumatologie et dissociation pour la francophonie. Formation EMDR et trauma complexe.

🇺🇸

Dr. Bethany Brand

Professeure de psychologie — Towson University

Directrice de l'étude longitudinale TOP DD

TOP DD Study Efficacité thérapeutique Recherche clinique

Autrice de l'étude longitudinale de référence (TOP DD) sur l'efficacité des traitements du TDI auprès de cliniciens du monde entier.

🇳🇱

Dr. Ellert Nijenhuis

Psychologue — Université de Groningue

Co-créateur de la théorie de la dissociation structurelle

Théorie structurelle SDQ-20 The Haunted Self

Co-auteur de « The Haunted Self » et du modèle de dissociation structurelle de la personnalité — cadre conceptuel fondamental pour comprendre le TDI.

🇺🇸

Dr. Richard Kluft

Psychiatre — Temple University, Philadelphie

Pionnier du traitement du TDI depuis les années 1980

Protocoles d'intégration 200+ publications Pionnier TDI

Plus de 40 ans de recherche clinique sur le TDI, plus de 200 publications. A développé les premiers protocoles d'intégration des alters utilisés à l'international.

Accompagnement et soutien

L'accompagnement du TDI repose sur un consensus international (ISSTD) : une thérapie par phases au long cours, combinant stabilisation, traitement du trauma et intégration ou coopération des identités. Il n'existe pas de médicament spécifique au TDI.

Accompagnement professionnel

Thérapie par phases (consensus ISSTD)

Phase 1 — Stabilisation et sécurité

Priorité absolue : construire la sécurité interne et externe

  • Alliance thérapeutique avec tous les alters
  • Techniques de grounding et d'ancrage
  • Gestion des crises dissociatives
  • Plans de sécurité (automutilation, suicide)
Phase 2 — Traitement des souvenirs traumatiques

Uniquement quand la phase 1 est solide

  • EMDR adapté au TDI (avec précautions)
  • Exposition graduelle aux souvenirs
  • Thérapie sensorimotrice
Phase 3 — Intégration et réhabilitation

Reconstruction d'une vie unifiée

  • Intégration des alters OU coopération harmonieuse
  • Développement d'une identité cohérente
  • Réinsertion sociale et professionnelle

Approches médicamenteuses

Pas de médicament spécifique au TDI
  • Antidépresseurs pour la dépression comorbide
  • Anxiolytiques ponctuels (crises aiguës)
  • Stabilisateurs d'humeur si nécessaire
  • Prudence avec les benzodiazépines (risque d'aggravation de la dissociation)

Approches complémentaires

  • Thérapie des schémas (Young)
  • Thérapie sensorimotrice (Ogden)
  • Art-thérapie (expression des différents alters)
  • Thérapie assistée par les animaux

Soutien familial et social

Rôle de l'entourage

  • Psychoéducation sur le TDI et ses mécanismes
  • Apprendre à reconnaître les différents alters
  • Ne pas « choisir » un alter préféré
  • Respecter les limites et le rythme thérapeutique
  • Thérapie de couple/familiale si nécessaire

Groupes et associations

  • ISSTD (International Society for the Study of Trauma & Dissociation)
  • ESTD (European Society for Trauma and Dissociation)
  • AFPD (Association Francophone du Psychotrauma et de la Dissociation)
  • Forums en ligne modérés par des professionnels
  • Groupes de soutien entre pairs

Stratégies d'autogestion

Techniques de grounding

  • Ancrage sensoriel (5 sens : voir, toucher, entendre…)
  • Objets d'ancrage personnels (pierre, bracelet)
  • Exercices de respiration
  • Orientation dans le temps et l'espace
  • Techniques « safe place » (lieu sûr intérieur)

Communication interne

  • Journal partagé entre alters
  • Tableaux de communication (messages internes)
  • Réunions intérieures (médiation entre alters)
  • Cartographie du système (identifier les alters et leurs rôles)
  • Planning partagé pour la vie quotidienne

Plans de sécurité

  • Plan écrit pour les crises dissociatives
  • Contacts d'urgence identifiés
  • Consignes pour les alters en cas de danger
  • Applications de suivi (mood trackers)
  • Contrat de sécurité avec le thérapeute

Consulter un spécialiste

Le TDI nécessite un thérapeute spécifiquement formé aux troubles dissociatifs et au psychotraumatisme. Une prise en charge adaptée améliore considérablement la qualité de vie, même si le traitement est long (plusieurs années en moyenne).

Consultation en urgence

  • Idées suicidaires ou automutilation grave
  • Crise dissociative avec perte de contrôle totale
  • État de fugue dissociative (se retrouver loin de chez soi)
  • Découverte d'actions dangereuses dont on n'a aucun souvenir
  • Alter mettant en danger la personne ou autrui
Contacts urgence : 15 (SAMU), 3114 (numéro national de prévention du suicide)

Consultation rapide (< 2 semaines)

  • Amnésies récurrentes handicapant le quotidien
  • Pertes de temps de plus en plus fréquentes
  • Découverte de comportements inconnus à soi
  • Décompensation post-traumatique aiguë
  • Voix intérieures envahissantes ou conflictuelles

Consultation programmée

  • Suspicion de dissociation chronique
  • Historique de multiples diagnostics sans amélioration
  • Optimisation d'un traitement en cours
  • Suivi thérapeutique régulier
  • Passage entre phases thérapeutiques

Quel professionnel consulter ?

Psychiatre spécialisé en psychotraumatisme

Quand : Diagnostic initial, prescription médicamenteuse, cas complexes
Ce qu'il peut faire :
  • Diagnostic différentiel approfondi
  • Prescription adaptée aux comorbidités
  • Coordination avec le psychothérapeute
  • Suivi psychiatrique au long cours

Psychologue formé aux troubles dissociatifs

Quand : Psychothérapie par phases, traitement au long cours
Ce qu'il peut faire :
  • Thérapie par phases (ISSTD)
  • EMDR adapté au TDI
  • Thérapie sensorimotrice
  • Accompagnement de l'intégration

Médecin généraliste

Quand : Premier recours, orientation vers spécialistes
Ce qu'il peut faire :
  • Dépistage initial (DES)
  • Orientation vers psychiatre/psychologue spécialisé
  • Suivi médical somatique
  • Coordination des soins

Centres spécialisés

Quand : Cas sévères, crises, besoin de prise en charge intensive
Ce qu'il peut faire :
  • CN2R (Centre National de Ressources et de Résilience)
  • Centres de psychotraumatisme régionaux
  • Hôpitaux de jour spécialisés
  • Programmes résidentiels intensifs

Préparer sa consultation

Historique dissociatif

  • Premières expériences de dissociation
  • Fréquence des amnésies et pertes de temps
  • Situations déclenchant les switches
  • Connaissance (ou non) des alters
  • Impact sur la vie quotidienne

Parcours médical

  • Diagnostics antérieurs (souvent multiples)
  • Traitements essayés et leurs effets
  • Hospitalisations éventuelles
  • Psychothérapies précédentes
  • Médicaments actuels

Contexte et sécurité

  • Situation de sécurité actuelle
  • Soutien familial/social disponible
  • Facteurs de stress actuels
  • Antécédents d'automutilation ou tentatives
  • Attentes et objectifs thérapeutiques

Informations pratiques

Coûts et remboursements

  • Psychiatre secteur 1 : 47€ (remboursé 70%)
  • Psychologue : 40-90€ (remboursement partiel possible)
  • CMP (gratuit) : Centres médico-psychologiques publics
  • CN2R : Orientation gratuite vers spécialistes

Durée du traitement

  • Phase 1 (stabilisation) : 6 mois à 2 ans
  • Phase 2 (trauma) : 1 à 3 ans
  • Phase 3 (intégration) : 1 à 2 ans
  • Total moyen : 3 à 7 ans de thérapie

Ressources d'aide

  • CN2R : cn2r.fr — Centre National de Ressources et de Résilience
  • ISSTD : isst-d.org — Annuaire international de thérapeutes
  • 3114 : Numéro national prévention suicide
  • SOS Amitié : 09 72 39 40 50

Bibliographie Scientifique

"Le Trouble Dissociatif de l'Identité est une réponse créative et adaptative du psychisme face à des expériences traumatiques écrasantes survenues dans l'enfance. Ce n'est pas une faiblesse, c'est une survie."

International Society for the Study of Trauma and Dissociation (ISSTD), 2011

Ce guide synthétise les données issues des publications scientifiques de référence sur le TDI et les troubles dissociatifs :

  1. Brand, B. L., et al. (2012). **A longitudinal naturalistic study of patients with dissociative disorders treated by community clinicians**. Psychological Trauma: Theory, Research, Practice, and Policy. DOI: 10.1037/a0027654
  2. Reinders, A. A., et al. (2012). **Psychobiological characteristics of dissociative identity disorder: A symptom provocation study**. PLoS ONE. DOI: 10.1371/journal.pone.0039279
  3. ISSTD (2011). **Guidelines for Treating Dissociative Identity Disorder in Adults, Third Revision**. Journal of Trauma & Dissociation. DOI: 10.1080/15299732.2011.537247
  4. van der Hart, O., Nijenhuis, E. R. S., & Steele, K. (2006). **The Haunted Self: Structural Dissociation and the Treatment of Chronic Traumatization**. W.W. Norton & Company.
  5. Putnam, F. W. (1989). **Diagnosis and Treatment of Multiple Personality Disorder**. Guilford Press.